Guide Bettane et Desseauve 2011Un travail de 30 ans. La dénomination Terrasses du Larzac est née de l’imagination des « professionnels de la profession », lorsqu’il décidèrent de distinguer certains terroirs méritants de l’immense AOC Côteaux du Languedoc. Ce type de décision est souvent plus dictée par des impératifs politiques que par une réelle évidence qualitative. Rien de tout cela ici : cette zone géologique de fracture entre le causse du Larzac et la mer méditerranée, située, au nord du département de l’Hérault, possède un potentiel incroyable, illustré d’ailleurs dés la fin des années 1970 par un vin qui n’a jamais sollicité l’AOC, le fameux Daumas Gassac. Aujourd’hui rejoint par d’autres vins cultes, en appellation comme en vin de pays, ce secteur mériterait très largement un statut à part.

Un terroir, un vrai. Si la culture de la vigne en Languedoc n’est pas récente – elle remonte à l’époque gallo-romaine – la qualité a beaucoup variée. Elle s’était perdue dans une approche volumique dés le début de l’ère industrielle au XIXème siècle. La prise de conscience du potentiel qualitatif date du début des années 1980. Certes, identifier précisément la qualité de toutes les parcelles n’est pas possible en 30 ans : les moines bourguignons ont mis un millénaires pour y parvenir au rythme d’un essai par an, à chaque vendange. On commence néanmoins en Languedoc à constituer une cartographie assez précise des meilleurs terroirs. Ce relèvement brutal du Massif Central, suite méridionale de celui de la bordure rhodanienne puis des Cévennes, possède de nombreux atouts : des expositions en coteaux et terrasses, des sols et sous-sols diversifiés (argilo-calcaires, sables granitiques, schistes…) et une altitude moyenne qui autorise des nuits plus fraîches qu’au cœur du Languedoc.

L’évidence du talent. Un grand terroir n’est rien sans grands vignerons pour l’interpréter. Le secteur n’en manque pas. Olivier Jullien, pourtant en pleine force de l’âge, fait figure de vétéran de la qualité en Terrasses. Il a fait des émules. A commencer par Vincent Goumard du mas Cal Demoura, consultant parisien qui a repris le domaine du père d’Olivier Jullien et l’a porté à un niveau inconnu jusque là. Toujours à Jonquières, le château éponyme est lui aussi en forte progression qualitative. Pour n’en citer que quelques uns, le domaine du pas de l’Escalette perché dans la montagne conjugue la fraîcheur. Plus bas, le Causse d’Arboras s’était illustré l’an passé en remportant notre prix des lecteurs des rouges français. Bien des styles de vins sont représentés en Terrasses. Le Mas conscience recherche la finesse des tanins. A l’opposé, le mas fabregous réalise des vins d’une gourmandise étonnante. Le secteur d’Aniane, mis en avant par Aimé Guibert de Daumas Gassac puis la Grange des pères, est devenu un exceptionnel réservoir de talents qui ont dépassé le maître : Montcalmès, Mas des Brousses, mas Laval, Mas de la Séranne, et le petit dernier Domaine Vaïsse…